« Nous dénonçons des forces réactionnaires qui préparent un recul de nos libertés sans précédent » – Tribune du Collectif sénégalais en faveur des droits humains

Dans un contexte de répression LGBTphobe au Sénégal, une vingtaine de personnes se retrouvent à devoir faire face à la justice, à la suite d’une soirée qualifiée de « mariage gay ». Aujourd’hui, un collectif dénonce l’absence d’état de droit au Sénégal, en invoquant le respect des droits humains pour tou·te·s, dans une tribune.

Crédit photo : Oladimeji Odunsi

Nous collectif de sénégalais·es militant·es en faveur de la défense des droits humains, nous voulons immédiatement que le Sénégal devienne un Etat de droit inclusif, afin de s’engager sur la voie d’un développement social.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous dénonçons de réelles régressions à l’œuvre dans notre pays qui prennent prétexte de la religion islamique, à l’instar de JAMRA, pour plonger une frange de la nation sénégalaise dans la peur et sous l’emprise de leaders religieux, qui poursuivent des finalités de pouvoir et de contrôle politique sur les populations.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous dénonçons des forces réactionnaires qui jour après jour, pierre après pierre, préparent un recul de nos libertés sans précédent, en s’appuyant sur des personnes qui à dessein au sein de l’appareil d’Etat sénégalais, les laissent faire avec des complicités béantes jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, non sans arrière-pensées électoralistes et clientélistes.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous dénonçons un discours trompeur qui utilise la rhétorique nationaliste et anti-néocolonialiste, pour couvrir des violations des droits humains dont sont aujourd’hui l’objet les homosexuel·les, les talibés, les albinos ou les femmes, mais qui demain, si nous n’y prenons pas garde, concerneront toute la société sénégalaise.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous demandons à ce que les lois de l’Etat sénégalais laïc soient appliquées sur tout le territoire national et qu’il n’y ait plus de zones de non-droit, où les marabouts imposent leurs visions de l’islam, nonobstant les convictions religieuses des uns et des autres qui se retrouvent alors bafouées.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous demandons à ce que les lois soient appliquées au Sénégal grâce à un appareil judiciaire fort et indépendant, éloigné des interférences des marabouts qui mettent en œuvre une justice parallèle, personnelle et arbitraire sur la foi de leurs intérêts politiques propres.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous demandons justice pour les enfants et les talibés tout particulièrement, car ils sont victimes de mendicité forcée et sont régulièrement l’objet de viols en toute impunité, de la part de leurs marabouts.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous demandons à ce que les forces paramilitaires parfois mafieuses, telle que Safyatoul Haman, financées par les marabouts à Touba ou ailleurs au Sénégal, soient dissoutes sans délai, car elles n’ont aucune légalité, ni aucune légitimité politique populaire.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous demandons des poursuites en justice contre toutes organisations qui, à l’instar de JAMRA, promeuvent un discours d’incitation à la haine et à la violence, à l’encontre d’autres sénégalais.

Nous collectif de sénégalais·es militant·es, nous demandons l’accès à une instruction publique laïque et gratuite pour toutes et tous au Sénégal, quel que soit l’âge considéré, afin que nous n’ayons plus à vivre dans l’ignorance et le mimétisme imposés sous la contrainte, par des leaders religieux et leurs milices.

À Dakar, Sénégal

Le 15 octobre 2020

Signataires

Sénégal :

I. DIEYE (Activiste au sein d’une organisation souhaitant conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité) ; A. DIOP ; F. DIOP ; S. DIOUF (Responsable du collectif FREE de Touba) ; A. FALL (Activiste au sein d’une organisation souhaitant conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité) ; P-A. FALL (Activiste au sein d’une organisation souhaitant conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité) ; F. LAM ; A. NDIAYE (Activiste au sein du collectif FREE) ; B. NDIAYE ; S. NDOUR ; G. SARR (Activiste au sein du collectif FREE) ; S. THIAM ; Alioune G. ; Alioune S. ; Moustapha AP ; Mouss N. ; Moustapha AP ; Lili ; Noël ; Prince ; Satou ; FA.

Ghana :

Davis MAC-IYALLA (Directeur exécutif Interfaith Diversity Network of West Africa – IDNOWA)

Etats-Unis d’Amérique :

Colin STEWART (President St. Paul’s Foundation for International Reconciliation).

France hexagonale et ultramarine :

Xavier DUBOIS (Activiste de l’association SIL — Solidarité Internationale LGBTQI+) ; Frédéric HAY, (Président d’ADHEOS — Association d’Aide, de Défense Homosexuelle, pour l’Égalité des Orientations Sexuelles) ; Moïse MANOEL (Doctorant de l’Université des Antilles sur le champ des Homophobies et néocolonialismes sur l’aire du Plateau des Guyanes) ; Bruno AGAR (Docteur civilisationniste de l’université Paris-Saclay au Centre Universitaire de Mayotte).

Maroc :

NASSAWIYAT du Maroc

Royaume-Uni :

Matt BEARD (Directeur exécutif, ALL OUT).

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