« Quand les mecs l’apprennent, les conversations basculent du tout au tout ! » – Témoignage de Kellysha D.

Transidentité. Fantasmes. Cyber-violence. Un témoignage sans tabou sur les applications de rencontre.

Depuis quelques temps, je ressens le besoin d’exprimer, mon expérience en tant que femme trans, sur les applications de rencontre. Je ne parlerai pas au nom de toutes les personnes trans, mais j’ai la conviction que mon récit servira d’exemple. Je suis une femme trans, noire et grosse. Je me trouve à l’intersection de plusieurs oppressions : racisme, sexisme, misogynie, transphobie et grossophobie. Alors, quand je suis sur des « dating-apps », voici comment je procède.

D’abord, je complète mon profil avec le strict minimum. En fait, j’ai la flemme de cocher des cases comme si je remplissais un formulaire. Je me contente de mettre juste quelques photos de mon visage. En général, de nombreux mecs viennent me parler et aucun d’entre eux ne se doute que je suis une femme trans, parce que mon physique ne revoie pas au cliché que les personnes cis* se font des personnes trans.

Je fais le choix de ne pas mentionner ma transidentité sur mon profil, afin d’éviter d’être exposée à de la cyber-violence. Beaucoup de personnes trans font le choix inverse pour ne pas perdre de temps, chose que je peux aussi comprendre. Moi, je préfère annoncer ma transidentité au cours des échanges.

Le plus souvent, je rencontre un franc succès et je suis couverte de compliments qui sont parfois de vraies de « disquettes ». Les femmes sur les « dating-apps » savent, sans aucun doute, de quoi je parle. Et lorsque j’annonce que je suis une femme transgenre, les réactions sont toujours aussi diverses et variées, mais néanmoins, j’observe qu’il y a des discours qui reviennent en boucle.

En premier lieu, les hommes avec qui j’en parle refusent assez souvent d’y croire. A les entendre, je n’aurais pas l’air suffisamment trans, selon eux. « Tu n’en as vraiment pas l’air » me répondent-ils. Cela pourrait ressembler à un compliment en surface, mais ça ne l’est pas du tout. « Avoir l’air trans » ne veut absolument rien dire. Nous avons des corps divers, comme les personnes cisgenres. Au-delà de ce stéréotype, quand les mecs l’apprennent, les conversations basculent du tout au tout ! J’ai des dizaines et des dizaines d’exemples en tête. Il s’agit souvent de mecs cisgenres hétérosexuels qui passent d’une approche très mielleuse au début, à un comportement beaucoup plus direct et à des intentions uniquement focalisées sur le sexe. Je note d’ailleurs que beaucoup d’hommes n’en ont rien à foutre que vous soyez trans ou non quand ils veulent du sexe ! En revanche, envisager une relation romantique avec une femme trans leur paraît tout simplement impensable. Non pas parce qu’ils ne ressentent pas de désir pour nos corps, loin de là, mais plutôt parce qu’ils craignent le poids du regard social. Pour mes interlocuteurs, une relation conjugale expose à une perte de réputation. Les conséquences peuvent être lourdes dans la vie personnelle comme professionnelle.

En second lieu, il y a une préoccupation obsessionnelle et malsaine autour de nos parties intimes. Je ne comprends pas pourquoi vous avez besoin de connaître nos attributs génitaux, quand vous dites juste vouloir prendre un verre en notre compagnie ! Je suis peut-être encore un peu naïve, mais au premier stade de la rencontre, je n’envisage pas encore de relation sexuelle et surtout, mon corps m’appartient. En réalité, les hommes cis sont constamment dans la crainte d’être piégés et se sentent insécurisés par notre transidentité. L’intimité ne se dévoile qu’avec les affinités et le désir réciproque. Or, une simple rencontre ne saurait être le lieu d’un étalage quant à nos parties génitales. Notre intimité ne vous appartient pas ! En fait, la grande majorité des hommes imaginent déjà comment ils vont vous faire l’amour, avant même de vous avoir parlé. Ensuite, ils ne font que jouer la comédie pour obtenir ce qu’ils attendent de vous.

Dans l’imaginaire transphobe, les femmes trans seraient lubriques et davantage ouvertes à des pratiques sexuelles débridées que les femmes cisgenres. Nous sommes vues avant tout comme des corps hypersexuels, plus que toutes autres femmes. Des corps libérés de toute pudeur et à la merci de tous les fantasmes. Mon expérience sur les applications de rencontre me permet même de dire que la grande majorité des hommes hétérosexuels seraient prêts à avoir des rapports sexuels avec une femme transgenre, s’ils pouvaient avoir la certitude que leur entourage ne l’apprenne jamais.

Kellysha D., activiste trans-féministe & décoloniale

Publié 6 août 2020

Crédit photo : K. Karampelas

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